Nécrologie des politiques de l’Identité

J’ai commencé à écrire ce texte quelques mois avant le soulèvement en réaction à la mort de George Floyd. Le soulèvement, qui est désormais devenu un événement mondial, m’a motivé à partager mon point de vue à travers ces lignes. Mes expériences à Minneapolis du 26 au 30 mai ont amplifié mon mépris envers les politiques de l’Identité et j’ai donc rajouté des critiques basées sur ces expériences.

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Évasion : Un plan anarchiste pour l’hédonisme

N.B [NdT] : Les accords de ce texte paraissent probablement incorrects mais nous avons fait le choix d’accorder aléatoirement pour ne pas avoir à utiliser des méthodes d’écriture inclusive qui tendent de plus en plus à être institutionnalisées. Ce choix nous appartient, nous n’avons ni l’intention que tout le monde soit d’accord avec, ni d’en faire une nouvelle norme.

« J’aurais pu insister dans mes écrits sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un plan pour l’hédonisme, chose que je n’ai pas prise en compte, étant en dehors de ces cercles. Je n’ai jamais voulu que quiconque fasse du stop, fouille dans les poubelles, vole dans les magasins et soit satisfait de le faire. Si tu n’utilises pas ce temps, cette liberté que tu te crées pour tenter de rendre le monde meilleur, je n’ai alors pas plus de respect pour toi que pour l’esclave salarié non qualifié qui traite sa vie comme si elle était jetable »

– Mack Evasion, auteur du livre « Evasion ».

Lors d’une nuit chaude et légèrement venteuse en Arizona, un train de marchandises de la BNSF me transporte assez doucement pour que je puisse m’asseoir sur le bord du wagon et scruter le désert. La Lune laisse entrevoir les silhouettes de petits buissons éparpillés sur le sol ainsi qu’un ruisseau asséché. Alors que je suis pétrifiée par une telle beauté, mon esprit vagabonde à travers tous mes souvenirs de quand je nettoyais les toilettes du casino, déchargeais des camions à Target [1] et remplissais les rayons des épiceries. Si seulement j’avais su il y a quelques années que ma vie pouvait être remplie d’autant d’aventures, je n’aurais jamais mis les pieds dans ces lieux de travail. Si seulement j’avais réalisé plus tôt que j’aurai pu me barrer de l’école, avoir autant de nourriture gratuite, éviter de finir dans un service psychiatrique, et que tout mon activisme et mon community organizing [2] deviendraient une spirale de déceptions sans fin… Bref. Peu importe. A présent, je suis là. Mieux vaut tard que jamais.

Je vois la société industrielle comme une prison multi-dimensionnelle qui divise sa population en fonction de la valeur productive de chacun. Celles et ceux qui contribuent le plus à la reproduction et à la pérennité de cette prison sont récompensés par la reconnaissance sociale et un meilleur accès aux ressources nécessaires à leur survie. Et celles et ceux qui contribuent le moins sont ridiculisées, humiliés et livrées à la mort. Le collectivisme global créé à travers la participation de masse normalise ce mode de vie binaire, engendrant une pression sociale qui mène à l’assimilation et décourage l’insoumission. Pour fonctionner, la société industrielle normalise l’esclavage salarial à travers l’apprentissage de l’infériorité. A mesure que les gens intériorisent ce sens de l’infériorité, ils deviennent dépendantes de la société industrielle et de sa représentation symbolique de l’ordre. A mesure que les gens acceptent individuellement leur faiblesse et leur impuissance, la prison sociétale favorise un sentiment de force du groupe et d’appartenance à celui-ci.

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Décomposer les masses : Pour une individualité armée

« Les anarchistes sont opposés à l’autorité, qu’elle vienne d’en bas ou d’en haut. Ils ne demandent pas le pouvoir pour les masses mais cherchent à détruire tout pouvoir et à décomposer ces masses en des individus qui sont maîtres de leur propre vie. Par conséquent les anarchistes sont les ennemis les plus déterminés de tout type de communisme et ceux qui prétendent être des communistes ou des socialistes ne peuvent pas être anarchistes. »
-Enzo Martucci

Selon moi, l’individualité est une arme. Elle est la praxis armée de l’anarchie nihiliste et de l’ingouvernabilité individuelle. Un individu devient ingouvernable en devenant et en affirmant sa négation aux identités socialement construites, aux groupes officiellement organisés, ou au monolithe de la société de masse. A partir de ce point de vue, la négation incarne un refus de céder son unicité aux limites de l’adhésion officielle. C’est là que je distingue l’anarchie du gauchisme. Le gauchisme encourage le réaménagement des identités construites, les formations rigides, et les rôles au sein d’un groupe social officiel auquel les individus se soumettent pour le « bien commun » ou pour une cause. D’un autre côté, l’anarchie comme mode de vie est la décomposition des groupes sociaux officiels permettant l’informalité existentielle de l’émancipation individuelle, le développement, et l’exploration sans limite. Par conséquent, pour moi, l’anarchie est un refus individualiste de se soumettre à un pouvoir totalisant qui se place au dessus de tout.

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En fait, toutes les personnes « noires » n’ont pas de problème avec les dreadlocks de « blancs »

Court journal sur le chaos et le nihilisme de race

« And these rhymes ain’t tight, they’re terrorish
And that girl’s not white, she’s anarchist
And we float like kites to get turbulence
Born with our throats slit
Self stitched raised to aim over it
Soldier with no king
War with the war on me
I am more than this world lets me be »
P.O.S « Weird Friends (We Don’t Even Live Here) »

Note : Dans ce texte j’utilise des guillemets autour de toutes les catégories et idéologies identitaires (par exemple les personnes « noires » ou « suprématie blanche ») dans le but de remettre en question leur supposée légitimité en tant que vérités universelles plutôt qu’en tant que constructions fictives qui servent le contrôle social.

1. N.W.A (Nihilists with Attitudes)[1]

Malgré le fait que je sois métissé, ma couleur de peau est socialement considérée comme « noire » (ou marron foncé comparée à d’autres). Une partie de la musique que j’écoute est basée sur, et associée de manière stéréotypée à, la « culture noire ». Les combinaisons de mots que j’ai appris à utiliser, influencées par l’environnement dans lequel j’ai grandi, sont de façon stéréotypée associées à la vie dans le ghetto. Les tensions communautaires et la violence étatique me suivent partout où je vais. Quand j’entre dans un magasin, mon baggy et mon sweat à capuche noirs amènent les gens à penser au pire ; J’ai un passé criminel et peux causer des problèmes. Mais hey ! Je ne suis pas « noir ». Cette société m’a assigné cette identité « noire » à la naissance et avec la pression sociale, elle attend de moi que j’adopte cette identité. Mais je refuse. Le concept même de race n’est avéré ni scientifiquement ni biologiquement. Ce n’est rien de plus qu’une construction sociale utilisée comme un outil d’oppression. La complexité de mon individualité ne peut être représentée par une identité « noire », pas plus que par une « culture noire ». Les identités sont des représentations générales et fixes des individus, et elles sont dictées par des normes sociales, des attentes et des stéréotypes. Elles sont standardisées par le capitalisme et la civilisation industrielle et considérées comme étant universelles et impossibles à remettre en question. Quand j’entre dans un magasin, je me prends des regards inquiets comme si je venais juste de voler quelque chose. Et pour être honnête, ils ont probablement raison. Peut-être que je viens de le faire. Parce que le niveau social correspondant à mon identité est situé proche du bas de l’échelle, ce qui signifie que mon accès aux ressources est limité. Donc l’illégalisme est la manière dont je crée mon accès aux ressources sans mendier pour l’égalité avec un bulletin de vote. Sous le capitalisme, l’égalité ne peut pas exister. Et je dois survivre, donc je fais ce que j’ai à faire. Et ça ne signifie pas s’injecter de la drogue et valider la culture de l’intoxication. La culture de la drogue est un piège mis en place par l’État, donc je dois être plus imaginatif et déterminé. [2]

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